dimanche 28 août 2016

Certificat d'Etudes Primaires - Dictées et lectures - Série 09

L'arrivée du train

A la gare, le petit Trott accompagné de Jane, sa bonne, attend l'arrivée de son père, officier de marine rentrant d'un long voyage en mer. Sa maman arrive aussi par le même train.

Les trains et le Certificat d'Etudes Primaires
(Jeu de plateau - Origine inconnue)


Voici un homme avec une casquette qui passe.

- Est-ce que le train va bientôt arriver, Monsieur ?
- Le train entrera en gare dans cinq minutes ...

Elles n'en finissent pas, ces cinq malheureuses minutes. Trott va, vient, regarde l'horloge avec défiance, pose mille questions saugrenues à Jane et examine les voyageurs qui attendent le train pour s'en aller ...

Ah ! Voilà l'homme à la casquette blanche qui sort par une porte vitrée. Une cloche sonne. Les hommes en blouse bleue se mettent à courir en faisant  rouler des petites voitures qui font beaucoup de bruit.

- Voici l'heure, dit Jane. regardez là-bas. Vous allez voir apparaître le train.

Trott est monté sur un banc pour mieux regarder. Il regarde si fort que les yeux lui font presque mal. On ne voit rien et voilà l'heure déjà passée. Qu'est-ce que çà veut dire ?

Tout à coup, au-dessus du bois de pins, là-bas, une petite fumée se dresse.

- Vous voyez la fumée de la locomotive ?
- C'est elle. C'est lui. C'est eux.

Jane maintient de toutes ses forces Trott qui se démène comme un possédé.

Au tournant de la voie, une grosse locomotive surgit, crachant et soufflant. Elle grandit, grossit avec un grondement énorme. La voilà. Un bruit de tonnerre passe devant Trott ahuri. Est-ce que le train ne s'arrête pas ? Ah ! Enfin !

Aux fenêtres, voilà des têtes qui paraissent. Des vieilles dames. Des Anglais avec des casquettes. Un bébé et sa nourrice ... Où sont-ils donc ?

- Regardez, regardez donc par là.
- Où ça ?

Trott a la tête perdue. Il ne voit plus rien. Il se laisse entraîner par Jane qui court. Les gens lui cognent des valises dans le ventre. Il manque de tomber sur un paquet de couvertures.

Et ce n'est que lorsqu'il est au bas d'un wagon que tout à coup, en levant les yeux, il aperçoit un monsieur à la barbe brune et à casquette bleu et or qui se penche hors de la portière et essaye de l'ouvrir, mais qui est très maladroit, parce qu'en même temps ses yeux ne quittent pas la figure de Trott ...

Le monsieur saute au bas du wagon, s'empare de Trott, le soulève de terre comme une plume. Une barbe piquante lui écorche plusieurs fois la figure. Comme c'est bon ! Une voix lui parle. Il ne répond pas. Il a oublié les belles phrases qu'il voulait dire. D'autres bras l'enlèvent. Une peau plus douce se frotte contre la sienne. Maman rit et pleure à la fois. Enfin, on le pose à terre.

Il est un peu étouffé et bousculé par les gens qui vont et viennent. On passe devant l'employé qui demande les billets. La gare est traversée. Et sans savoir trop comment, Trott se trouve cheminant sur la route de la maison, entre son papa et sa maman qui lui donnent chacun une main. 

André Lichtenberger (1870 - 1940) - Mon petit Trott (1898)

(Davesne A., Björnson-Langen, Bien lire et bien dire, Manuel de lecture pour les cours moyens, Charles Lavauzelle et Cie, Ed. Paris, 1962, 198 pages)